L’idéal de fidélité

L’idéal de fidélité

Pas d’infidélité sans référence à ce qu’elle trahit ! Bien qu’il y ait eu des bouleversements dans le concept du couple et du mariage depuis ces dernières décennies, la fidélité reste une valeur centrale du couple, et nous continuons d’exiger de l’autre l’exclusivité. Alors d’où vient cette exigence si importante à nos yeux ?

 

Une exigence de fidélité contre la peur de perdre l’autre

Si l’importance de la fidélité découlait auparavant du besoin de certitude quant à la filiation, cela ne signifiait pas pour autant qu’on ne ressentait pas d’angoisses de perte ou d’abandon, mais l’absence de divorce les atténuaient certainement.

Aujourd’hui, nous observons un renfermement du couple sur lui-même (1). les relations deviennent très intenses et nous avons tendance à attendre beaucoup de l’autre. Lorsqu’une personne prend autant de place pour nous, l’une des conséquences est d’accentuer ce type d’angoisse. Nous pouvons ressentir très vite le sentiment de tout perdre si l’autre nous échappe. En bref, nous mettons tous nos œufs dans le même panier !

Ces peurs s’expriment à des degrés divers chez les uns et les autres, et surtout, elles ne sont pas forcément en adéquation avec ce qui se passe dans la relation : nous pouvons ressentir en permanence la crainte que l’autre nous abandonne alors que chaque jour il nous prouve à quel point il tient à nous. La peur renforce notre volonté de fidélité, et lorsque notre partenaire nous la clame haut et fort, il nous assure d’être unique et spécial.

Les idéaux fondamentaux (2)

Si les angoisses nous amène à exiger la fidélité, elles n’expliquent pas pour autant ce qui fait d’elle une valeur aussi importante à nos yeux.

Il existe au sein de la psyché de chacun des idéaux fondamentaux et universels comme l’idéalisation de la vie humaine, de la vérité, de la fidélité ou encore de la beauté. Ces idéaux se distinguent de nos intérêts personnels car nous pouvons prendre des décisions en fonction d’eux alors que cela nous portera préjudice. Citons par exemple le cas de certains journalistes donnant leur vie pour que la vérité éclate au grand jour au détriment de leur propre vie.

Un idéal lié à nos origines

La fidélité peut être définie comme le maintien d’un lien avec un autre envers et contre tout, et elle prend sa source dans la première relation que nous nouons : « L’être humain idéalise très tôt le lien qui l’unit à sa mère au point de la considérer comme indispensable à sa survie et d’y voir la source des plus grandes satisfactions. » (2, P 203). C’est un fait établi que lorsque le nourrisson ne peut plus compter sur sa mère, il se laisse dépérir. C’est dire la puissance en jeu dans cet idéal fondamental puisqu’elle s’établit dans un contexte où elle est vitale pour le sujet. C’est le lien qui a été au départ de la vie que l’enfant sacralise, et sur lequel il estime pouvoir compter envers et contre tout. Et lorsque nous faisons appel à la fidélité dans nos relations amoureuses, c’est à cet idéal que nous faisons référence, à cette relation première.

Un idéal à la source de nos actions

Nous avons tous en nous des forces qui nous poussent à l’idéalisation, à tendre vers ces idéaux, car ils nous procurent des satisfactions. Cette poussée à l’idéalisation est par exemple très visible chez les adolescents qui se mettent pratiquement à déifier certains chanteurs ou actrices dont ils se disent « fan ». Si nous en jouissons le plus souvent en positif, il arrive que certains en jouissent en négatif… S’estimant parfois trahis dans leurs relations précoces, lorsqu’ils étaient enfants, ils peuvent attaquer la fidélité en permanence, et notamment dans leurs couples. C’est donc bien toujours en référence à cet idéal qu’ils agissent mais en négatif, pour le bafouer, le transgresser, le maltraiter et finalement, par leurs actes, mettre en scène et dénoncer la trahison dont eux-mêmes ont été les victimes.

Même l’infidèle réclame la fidélité ! (3)

Doug et Zoé sont mariés depuis plusieurs années, et parents de deux enfants. Zoé, femme très énergique, en dépense beaucoup pour son travail et pour sa famille (ses parents, ses 5 sœurs et leurs enfants), et consacre de moins en moins de temps à Doug. Il a l’impression de passer inaperçu, et il se sent de moins en moins à sa place auprès de sa femme. Seules les relations sexuelles lui permettent de se distinguer de toutes ces personnes, mais plus il essaie de raviver la flamme entre eux, plus cela le déprime de constater tous les efforts qu’il doit fournir pour y arriver.

Il se met alors à regarder ailleurs et rencontrera Naomie avec qui il aura une liaison qui va durer 5 ans. La liaison prend fin au moment où Naomie entretient une autre liaison. Rongé par la jalousie, il se met à penser à elle dans les bras d’un autre homme et cette pensée va tourner à l’obsession. Doug exige la fidélité dans un espace régi par l’infidélité, il exige cette fidélité de la part de sa maîtresse alors que lui-même ne peut la respecter avec sa femme.

France Bernard

1. F. Bernard, L’infidélité au fil du temps (article 1 de la thématique sur l’infidélité)

2. G. Bonnet, Les idéaux fondamentaux, Presses Universitaires de France, 2010

3. E. Perel, L’intelligence érotique, faire (re)vivre le désir dans le couple, Editions Robert Laffont, Paris, 2007 (pp 273-300)

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