La Sainte Folie du couple

La sainte folie du couple : Apprendre à vivre ensemble

                                                                de Paule Salomon

Du couple, nous connaissons souvent une histoire d’amour passionnelle ; une histoire de famille, de parents et d’enfants ; une histoire de conflit où deux êtres s’affrontent sans se comprendre.

Paule Salomon analyse en 7 étapes la relation homme-femme et son évolution, qui mène du « couple archaïque » au « couple éveillé », vivant l’amour en pleine conscience.

A l’aide de cas concrets, et forte de son expérience de thérapeute, elle montre les écueils, les frustrations, les rapports de force qui peuvent être dépassés par une analyse de soi, une écoute attentive de ses désirs et de ses paradoxes.

Les mécanismes de la jalousie

Nos rencontres nous apportent du plaisir, c’est bien pour cela que nous cherchons le contact avec les autres. Rendre service, discuter avec un ami d’un sujet qui nous passionne ou encore aimer plaire aux autres et capter leurs regards sont autant de buts que nous cherchons à satisfaire dans nos relations.

Lorsque le jaloux s’insurge des échanges que sa partenaire a avec les autres, c’est qu’en effet il perçoit qu’elle prend du plaisir avec d’autres que lui ! Seulement, il se trompe alors de scène…

Le sexuel en société

Dans toutes relations (amicales, professionnelles), il y a du sexuel. Les relations en sont infiltrées. Lorsque nous parlons de « sexuel », c’est pour désigner la source de la pulsion qui recherche la satisfaction, satisfaction qui ne se résume pas à la relation sexuelle, mais se décline de nombreuses manières : être vu, être écouté, briller etc.

Le jaloux n’a donc pas tout à fait tort, c’est à dire qu’il perçoit les coulisses, l’envers sexuel de la réalité sociale. Tout comme il n’a pas complètement tort lorsqu’il reproche à l’autre de désirer ailleurs. Seulement alors, il ne fonctionne plus sur un plan de la réalité extérieure mais sur le plan fantasmatique et inconscient. 

La tyrannie du jaloux

La jalousie peut s’exprimer par une simple remarque du partenaire sur une sortie avec des amis et aller jusqu’à la dispute et la crise de jalousie. Certains couples sont coutumiers de ce type d’échanges. 

Le jaloux qui aime et désir sa partenaire exige en retour, pour cet amour, d’être lui-même désiré et aimé. Seulement cette exigence est tellement forte qu’il en vient à ne plus reconnaître ce même droit à l’autre et finit par se comporter comme un tyran.

Dans certains cas, il peut lui même pousser l’autre à l’adultère : emprisonné(e) par la jalousie de l’autre, l’adultère peut être une solution « trouvé(e) » pour s’extraire de ce schéma, passage à l’acte qui symbolise une affirmation de soi.  

Fiction et illusion dans la réalité

La fascination exercée par la jalousie et sa présence récurrente dans les œuvres sont à la mesure du désir de réaménagement de la réalité qui nous fait tant aimer les histoires.  Et le jaloux en est un inventeur génial, en même temps qu’un consommateur effréné : s’enfermant dans un cercle vicieux, il en créer et s’en nourrit sans fin. Il se met à imaginer la réalité elle-même. 

La jalousie est avant tout une fiction que le sujet entretient et nourrit, fiction qui devient alors objet de souffrance et de torture.

L’exemple d’Othello(1) est assez parlant puisque Iago va lui proposer une interprétation des faits complètement erronés concernant son épouse : il va revisiter chaque geste, parole ou sourire pour en proposer une version différente. Othello va peu à peu y adhérer, et chaque élément de la réalité sera interprété sous l’œil de la méfiance et du soupçon.

Souffrance et jouissance 

La liaison entre souffrance et jouissance est bien mise en lumière dans l’article d’Alain Valtier (2). Le patient imagine sans cesse sa nouvelle compagne avec son ancien amant avec qui pourtant elle n’est plus en contact : « je n’ai jamais douté une seconde de son amour, mais je suis horrifié des rejets qui me viennent quand j’imagine leurs jeux érotiques. Je me fais des scénarios fabuleux, c’est infernal, je baigne dans le fiel, c’est plus fort que moi. Leurs ébats me sont autant insupportables qu’inoubliables. »

L’emploi du terme « scénarios fabuleux » montre bien la dimension de plaisir pris dans la souffrance. Le jaloux s’imagine souvent qu’un autre homme serait un meilleur amant qu’il ne l’est lui-même. Toutes ces pensées sont à la fois source d’une très grande souffrance, tout comme une source d’excitation physique lorsque le sujet y pense sans relâche et s’en trouve complètement prisonnier. Othello tuera Desdémone pas seulement pour la punir de son infidélité imaginaire, mais aussi pour se libérer du système dans lequel il est enfermé. 

France Bernard

1- W. Shakespeare, Othello, ed. Librio, 2003

2 – Alain Valtier, Jaloux! Moi, Jamais, In Patrick de Neuter et al., Clinique du couple, 2007, pp 149-166


La jalousie, préambule

La jalousie est un sentiment humain vécu par tous mais qui n’a pas toujours bonne presse. Elle est à la fois susceptible de montrer à l’autre qu’on tient à lui, ou au contraire mener à des actes et des conduites extrêmes. On la retrouve dans un versant tragique sous la plume de Shakespeare où Othello va jusqu’au meurtre de sa femme ; ou plus quotidiennement au sein des couples au sujet de sorties nocturnes, de fréquentations etc.

Définitions

Dans une première définition, c’est un « sentiment hostile qu’on éprouve en voyant un autre jouir d’un avantage qu’on ne possède pas ou qu’on désirerait posséder seul » ; 

Une deuxième met l’accent sur l’idée de la perte et de la souffrance : « sentiment douloureux que font naître les exigences d’un amour inquiet, le désir de possession exclusive de la personne aimée, de la crainte de son infidélité. » 

Dans les deux cas, nous retrouvons l’idée de possession et de désir.

Bien qu’on pense plus souvent à la jalousie dans le couple, elle touche toutes nos relations sociales : de nos relations fraternelles, amicales, professionnelles à nos relations de voisinage.

Paul Laurent Assoun (1) dégage 4 traits chez l’amoureux(se) : le deuil, la perte (narcissique), l’agressivité et la culpabilité. 

Il y a effectivement l’idée d’une réaction à une perte, qu’elle soit réelle ou imaginaire. Le jaloux vit cette situation comme menaçante, prête à se produire, tout en créant et entretenant cette menace.  

La perte narcissique implique la revendication de son statut de victime, victime de sa partenaire tout comme de celui qui les sépare. 

L’agressivité est plus évidente, c’est à dire que le jaloux en veut à l’autre supposé détenteur de son objet et ayant infligé la blessure. 

La culpabilité, elle, est souvent inconsciente, et se développe à l’ombre de la culpabilisation consciente de l’autre. Il se tient pour en partie responsable, n’ayant pas tout tenté pour que la situation ne se produise. Il y a donc un fond d’auto-reproches. 

La jalousie « normale » 

Tout un chacun ressent de la jalousie à l’égard d’un autre : pour une voisine qu’on estimera plus jolie, ou pour un collègue de bureau de sa femme… Elle est tellement normale, que son absence dans certaines circonstances, parait à ceux qui en sont témoin comme étrange ou bizarre. Beaucoup se vantent dès lors d’être jaloux, comme si c’était une preuve d’amour (l’absence de jalousie serait vécue comme une indifférence pour l’autre). 

La jalousie vient du sujet lui-même, c’est une création de l’imaginaire : on s’imagine que l’autre possède plus que nous ou veut posséder quelque chose que nous avons. Et c’est portée par leur imaginaire que certains vont flamber sur ce terrain, s’imaginant alors que quelqu’un pourrait leur dérober ce qu’ils chérissent, quitte à pour cela, empoisonner la vie de la personne avec qui ils partagent leur vie pour se rassurer.

Son intensité peut être régulée par la réaction du partenaire : tantôt elle pourra apaiser la souffrance du jaloux, ou au contraire aggraver la flambée. Bien entendu, il ne faut pas oublier qu’elle est déjà là, en chacun de nous. La jalousie est un sentiment que nous éprouvons très jeune, et le vécu actuel tire sa source des expériences antérieures. La réaction du partenaire actuel ne fera que l’augmenter ou la diminuer.

France Bernard

1- Paul-Laurent Assoun, Leçons psychanalytiques sur La Jalousie, 2eme ed., Economica/Anthropos (voir Bibliographie)


Hypersensibles : trop sensibles pour être heureux?

                                                           De Salvério Tomasella

Vous a-t-on déjà dit que vous étiez à vif ou «à cran», «caractériel», «prise de tête», douillet ? S’est-on déjà moqué de vos fréquents accès de larmes, de votre impulsivité ou, au contraire, vous a-t-on reproché vos silences et votre difficulté à communiquer vos sentiments ? Oui ? Il se peut que vous soyez «hypersensible»… Les grands sensibles sont complexes, parfois paradoxaux : émotifs, vulnérables mais aussi empathiques, intuitifs, artistes… Leurs anciennes blessures semblent vives encore et s’ajoutent aux nouvelles, compliquant considérablement leur quotidien. Trop sensible, peut-on être heureux ? Il ne s’agit pas de gérer ses émotions mais plutôt d’apprendre à les vivre, de découvrir les richesses qu’elles peuvent apporter, de considérer son extrême sensibilité comme un trésor à partager. À bien y regarder, sensibilité rime avec humanité : en cela elle peut être source de joie, de créativité, et même, de bonheur !

L’infidélité au service du couple?

Notre propos n’est évidemment pas de prôner l’infidélité comme réussite du couple, ce qui serait complètement absurde ! En effet, il existe des couples qui durent grâce à l’infidélité de l’un des conjoints…

Le discours infidèle

Dans l’article Le genre de la souffrance amoureuse (1), Marie-Carmen Garcia analyse les propos des auteurs de blogs infidèles. Elle met en évidence que derrière l’amoralisme concernant les normes conjugales et sexuelles, une très forte morale perdure concernant les normes familiales.

Les différences qui existent entre les auteurs de blogs porte sur le rapport qu’ils entretiennent avec leur conjoint, ou plutôt l’image qu’ils en donnent à lire.

Dans le premier type de blog, les auteurs mettent en avant une « image conventionnelle du bonheur conjugal valorisant les années passées ensemble, la construction d’une famille, l’élaboration de projets communs, le soutien mutuel, la réussite sociale du couple et une sexualité considérée comme épanouie. »

Dans le second, « le conjoint ou la conjointe sont valorisées physiquement et sexuellement au même titre que les amants et maîtresses (…) Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ces personnes dépeignent une conjointe ou un conjoint parfait. L’explication qu’ils donnent de leur double vie (…) repose sur le fait qu’ils se pensent naturellement infidèles. »

Dans le troisième cas, « d’autres blogueurs et bloggeuses présentent quant à eux, une image en demi-teinte de leur mari ou de leur épouse. Les conjoints sont montrés comme de « bonnes épouses », de « bonnes mères » ou bien comme de « bon pères » et de « bon maris » mais ils ne seraient pas à la hauteur des attentes de leurs conjoints (sexuelles, affectives ou mêmes intellectuelles). »

Le sexe avant tout ? (2;3)

Ce serait une grave erreur de croire que seule la recherche de la satisfaction sexuelle motiverait l’infidélité ! Au contraire, le sexe servirait plutôt à masquer ce qui se joue chez le sujet et dans la relation à son conjoint pour le conduire à l’infidélité…

Daniel, gérant d’entreprise, profitait de chaque vacances d’été de sa famille pour accumuler les conquêtes passagères : « ce sont mes vacances à moi, mes véritables vacances (…) Après quoi je ne les revois plus jamais bien entendu. Mais je suis tranquille le reste de l’année. Je peux dire que j’ai acquis le rythme de croisière qui m’équilibre et équilibre ma famille. »

Amélie, « pourvue d’enfants et d’un mari qu’elle dit aimer et apprécier, n’a tout de même pas réussi à le séparer suffisamment à son goût d’une mère, veuve, dont il est le fils unique et qui, omniprésente, parasite la vie du couple en particulier pendant les week-ends à la campagne. Elle s’est alors mise à inviter des couples d’amis en week-end et s’est arrangé pour faire comprendre à l’invité ce qu’elle attendait de lui (…) C’est à ce prix que je préserve mon équilibre et que je peux vivre mon quotidien comme le souhaitent mon entourage et mon mari en particulier. Si vous saviez comme je peux être aimable avec ma belle-mère. » Elle-même s’étonne de n’éprouver ce besoin qu’à la campagne.

Richard et Claudine sont très liés sentimentalement. Mariés depuis 10 ans, ils sont parents de deux enfants lorsque Claudine apprend les infidélités de Richard. Or, il semblerait qu’il aurait toujours eu des aventures « uniquement sexuelles », en lien avec une absence de désir très ancrée chez elle. Cette impossibilité pour eux de se lier sexuellement conduit Richard à des conduites infidèles.

En reprenant leur histoire, le symptôme du sexuel a toujours été présent. Claudine, femme très pratiquante, n’envisageait pas d’avoir de rapports avec lui avant qu’ils ne soient mariés. Ces aléas vont durer 4 ans. Fragile dans son identité, elle tente de s’équilibrer par la maîtrise et le contrôle de son désir et de sa sexualité : il lui est impossible de s’abandonner à l’autre, de se laisser pénétrer par l’autre et de se laisser aller à ressentir une très grande excitation.

Seulement, l’incapacité pour elle de côtoyer le plaisir via le désir, a ravivé les doutes et les angoisses de Richard quant à sa masculinité, ce qui le conduit à se rassurer hors de son couple par ses défenses habituelles de séduction et de « relations multiples légères ».

Ce n’est pas un hasard si la problématique de ce couple tourne autour du sexuel : ces deux partenaires ne semblent pouvoir se rencontrer, sauf dans une visée procréatrice. Ce qui ressort de l’analyse de leur couple, C’est qu’ils ont une relation conjugale de type fraternel, marquée par des aspects fusionnels : « on nous fait remarquer souvent que Richard et moi, nous nous ressemblons comme frère et sœur. »

L’infidélité de Richard a permis à Claudine de se débarrasser de la sexualité pendant 10 ans mais celle-ci lui revient par la découverte des autres femmes. Que dire à ce couple qui s’aime? Quelle solution peuvent-ils trouver pour rester ensemble malgré tout, puisqu’ils s’aiment et se complètent si bien dans d’autres domaines?

Alice et Jean  forment un couple depuis plusieurs années. Un beau jour, Alice demande à Jean la permission de prendre un amant. Si au départ la situation est maîtrisée, peu à peu les choses se délitent et Jean finira par demander à Alice de mettre un terme à cette relation. Mais pourquoi un amant ? Alice, tout au long de leur union, n’a eu de cesse de faire passer les intérêts du couple avant les siens, se sacrifiant en quelques sortes pour la famille. De son côté, Richard a toujours eu peur de perdre Alice, et se rassure en développant une relation d’emprise avec elle. Les sacrifices d’Alice n’ont fait que renforcer l’emprise de Richard (ne pas travailler pour s’occuper des enfants etc.). Ici, l’infidélité a été le symptôme pour permettre à Alice d’exprimer à Jean l’emprise qu’il exerçait sur elle, tout comme un moyen pour tenter de s’en échapper. Alice prend un amant pour s’en servir comme instrument de différenciation et de séparation.

Si l’infidélité est un moyen pour elle de tenter de réaménager le mode de fonctionnement de leur couple, les répercussions du choix du symptôme leur permettra t-il d’en faire autre chose ? Richard pourra t-il supporter de ne pas fonctionner en emprise avec elle ?

Le comportement adultère vient prendre un sens psychique au sein de la relation, ce dont les individus qui le jouent n’ont parfois absolument pas conscience. Ils s’en saisissent pour mettre à distance l’autre, ou leur couple, se venger du partenaire ou encore trouver des gratifications à l’extérieur, ce qu’un couple qui dure et confronté au quotidien ne peut parfois plus offrir…

Bien entendu, d’autres enjeux sont également à l’œuvre pour que certains choisissent cette voie bien singulière, quand d’autres trouvent d’autres formes d’équilibre (ou de symptômes) à travers une pratique sportive, les sorties, la littérature, les voyages etc.

France Bernard

1- Marie-Carmen Garcia, « Le genre de la souffrance amoureuse. Souffrances et résistances de femmes « maîtresses » d’hommes mariés », Pensées plurielle, 2015/1 (n°38), p.123-141.

2- Aldo Naouri, Adultères, Odile Jacob, septembre 2006, pp.187-222

3- Eric Smadja, Le couple et son histoire, PUF, 2011

Corps… Vous jouirez!

Corps… Vous jouirez!

Beaucoup de problèmes et d’inhibitions sexuels peuvent être dus à une méconnaissance du corps, des mécanismes biologiques ou encore par manque de dialogue avec son ou sa partenaire. L’apport de la sexologie dans ce domaine a été considérable et a pu aider de nombreux patients et couples. Se construire en tant que couple, c’est aussi construire une vie sexuelle.

Pour autant, est-il possible de jouir sans entraves, tout le temps et avec tout le monde comme l’idée peut se répandre dans le monde social ?  Si on a pu penser que la libération sexuelle aurait pour conséquence une facilitation des comportements sexuels, éjaculation précoce, impuissance et frigidité sont toujours de la partie ! Finalement, la sexualité des femmes n’est pas moins conflictuelle que par le passé, et celle des hommes n’ont plus !

L’apport de la sexologie

La sexologie prend son essor dans la moitié du 20ème siècle, suite à la libération sexuelle de mai 68. Une de ses expériences fondatrices (W. H. Masters et V. E. Johnson (2)) a exploré la physiologie de la relation sexuelle. Elle fut réalisée pendant l’acte sexuel ou les séances de masturbation des participants. Toutes les recherches réalisées depuis ont apporté une meilleure connaissance de l’anatomie et de la physiologie des organes sexuels, et bien sûre des thérapeutiques adéquates pour de nombreux patients.

Mais une fois toutes causes organiques écartées, comment expliquer la persistance de certains troubles sexuels ?

La sexualité est d’abord individuelle et chaque personne y réagit différemment. En témoigne la variabilité des conclusions des études sur l’orgasme vaginal ! Tout simplement car il n’y a pas le corps d’un côté et les fantasmes de l’autre. La sexualité humaine est une psychosexualité. L’ouverture à la dimension inconsciente de la sexualité permet de comprendre comment des femmes ayant une anse colique à la place du vagin peuvent avoir des orgasmes ou encore ceux obtenus par des femmes africaines excisées.

Une sexualité inconsciente qui se construit depuis l’enfance

Le sexuel se vit et se construit dès la naissance, dans la relation avec les parents. Ils bercent, caressent, et prennent soin de leur bébé. Les différentes parties du corps de l’enfant deviennent des sources de plaisir, notamment lorsqu’elles sont sollicitées par l’adulte lors des soins ou de l’allaitement comme la bouche, l’anus et la zone uro-génitale. Cette excitation est diffuse au départ, c’est à dire qu’elle n’est pas reliée à une pensée précise chez le bébé. La recherche d’un gain de plaisir à partir de toutes les zones du corps (exemple du suçotement) a comme conséquence qu’il n’y a pas chez l’être humain une correspondance entre la pénétration et le sexuel. Ce dernier prend sa source à de nombreux endroits du corps (oreilles, nuques, bouche etc.). La notion de zone érogène ne définit pas simplement un lieu dans le corps, mais l’inscription du fantasme dans la chair.

Au cours de l’enfance se constituent des fantasmes et des désirs investit de libido (de sexuel) pour les personnes prenant soin de lui. Nous retrouvons le fameux complexe d’œdipe ! Puis, vient la période dite de latence avec le refoulement des fantasmes et de la sexualité infantile. C’est tout ce matériel inconscient qui imprime sa marque sur la spécificité individuelle de la vie sexuelle de chacun d’entre nous, mais c’est aussi elle qui peut devenir source de conflits à l’intérieur du sujet et entraîner des dysfonctionnement sexuels. L’inconscient contribue aussi bien à notre jouissance qu’à nous en empêcher en cas de conflit psychique (frigidité ou impuissance).

L’exemple de la domination masculine peut également éclairer notre propos : si la domination masculine se retire peu à peu de la réalité sociale et politique, les fantasmes sexuels, eux, restent bien présents : « pour simplement l’imager, on peut être un homme fervent défenseur et militant des droits de la femme et ne parvenir à éjaculer que si la femme est en levrette. L’inconscient fait de la résistance, il est politiquement incorrect. » (3)

Voilà notamment pourquoi la libération sexuelle ne traduit pas pour autant une levée du refoulement et des conflits psychiques ! La sexualité humaine est une psychosexualité, le noyau est inconscient et elle s’enracine dans la sexualité infantile.

L’histoire d’Hercule (4)

Nous choisissons d’évoquer l’histoire de ce patient devenu fétichiste du caoutchouc. Cela peut sembler un peu particulier comme illustration mais l’histoire d’Hercule montre bien comment il a construit ses fantasmes enfant, dans la relation à sa mère prenant soin de lui, et comment, une fois à l’âge adulte, cette sexualité infantile demande à s’exprimer pour qu’il puisse accéder au plaisir.

Hercule est un homme de 35 ans qui vient consulter car depuis quelques mois, sa compagne ne supporte plus qu’il ait besoin qu’elle porte un tablier en caoutchouc pour la désirer… Il peut lui faire l’amour sans mais il n’en éprouve alors que peu de plaisir. Mais comment a pu se constituer une telle fixation ?

Lorsqu’ Hercule raconte son enfance, il évoque l’investissement assez obsessionnel des tâches ménagères chez sa mère. Elle ne faisait rien dans la maison, y compris prendre soin de lui, sans porter un de ses nombreux tabliers en caoutchouc. Pour Hercule, « le caoutchouc devient alors, de manière assez étrange, le principal représentant de la féminité maternelle. Les tabliers de caoutchouc prennent place dans la catégorie des « jolis vêtements ». Ils évoquent la coquetterie maternelle et résument ainsi les représentations que l’enfant se donne de la féminité. » Devenu adulte, il éprouve le besoin que sa femme en porte, de sentir le caoutchouc pour que l’excitation sexuelle soit au rendez-vous…

France Bernard

1-Dr Laura Berman,Le petit Larousse de l’entente sexuelle, pour une sexualité de couple épanouie, Editions Larousse 2011 (traduction française)

2-Aldo Naouri, Adultères, Odile Jacob, 2006

3- Jacques André, La sexualité masculine, Que sais-je ?, PUF 2013

4- Didier Dumas, « Un cas de fétichisme du caoutchouc ou l’impossibilité d’idéaliser le sexe paternel », In La sexualité masculine, Editions Albin Michel, 1990

La plainte des maîtresses d’hommes mariés

La plainte des maîtresses d’hommes mariés

D’un point de vue extérieur, on ne comprend pas vraiment ce qui pousse ces femmes à rester des années durant des maîtresses d’hommes mariés. Lorsqu’elles en parlent autour d’elles, elles font ressentir à quel point ce qui les lie à ces hommes est irrationnel, c’est à dire à quel point des tendances inconscientes les font s’enliser et rester à la merci de cette situation. Dans l’attente permanente, seuls de brefs moments vécus dans une grande excitation viennent illuminer leur relation.

« Je te donne tout, et toi ? »

Craignant d’être quittées si elles réclament ce dont elles ont véritablement envie, elles se soumettent constamment à ce que l’autre leur impose. Elles attendent alors patiemment de prendre la place de la femme, de l’épouse.

Du côté des hommes mariés, c’est justement à travers cette configuration qu’ils trouvent leur équilibre : d’un côté, l’épouse, la mère, source de tendresse, et de l’autre celle avec qui ils vivent leur sexualité, une femme objet de désir.

La relation est profondément asymétrique du point de vue des attentes et des implications affectives : alors que lui attend d’elle l’assouvissement de ses désirs sexuels, elle, attend tout de lui : tendresse, amour, sexualité.

Ce type de relation entraîne une très grande souffrance morale. Dans leurs discours, il revient souvent qu’elles ne peuvent adresser des demandes à l’autre, et que dans tous les cas, leurs rencontres et leurs échanges dépendront du temps que pourra accorder/trouver le mari par rapport à sa famille. Elles se retrouvent constamment dans un état de frustration, de désir inassouvi et d’attentes de preuves d’amour :  » Certaines femmes témoignent de leur extrême souffrance lorsqu’elles se définissent amèrement comme des « putes gratuites »(Le genre de la souffrance amoureuse 1).

La souffrance est d’autant plus accentuée que cette relation doit rester cachée. Le « caché » est facilement associée à la honte, en même temps qu’à un grand désarroi : aucun partage d’anniversaire, de Noël, ne pas connaître ses amis, sa famille. 

Le sexuel comme fondement des relations

Souvent, ces relations vont se résumer à la dimension sexuelle, à l’assouvissement des désirs masculins. La peur du mari de s’investir avec une autre femme ou la peur que la relation vienne prendre trop de place et qu’ils finissent par être découvert jouent également un rôle. Du côté des maîtresses, la crainte de le perdre si elle le frustre, peut les amener à tout accepter de lui. 

Ces femmes sont particulièrement attentives à satisfaire sexuellement leur partenaire « attention qui par ailleurs les renvoie – lorsque leurs besoins affectifs ne sont pas reconnus ou satisfaits par l’homme – symboliquement aux relations prostitutionnelles et génère un sentiment d’humiliation spécifique ». (1)

Si le désir n’est pas intriqué à l’amour, elles risquent de vivre un sentiment de déchéance, d’être radicalement renvoyées à l’éprouvé de n’être que ce petit bout de corps accrocheur du désir, à la place de prostituée, désirée, pénétrée.

Je me « shoot » de toi

Malgré la description qu’elles font de leurs états émotionnels, elles ne peuvent pour autant y mettre un terme, elles y sont liées coûte que coûte. Le vocabulaire qu’elles emploient pour qualifier ces relations a certaine résonance avec le vocabulaire des toxicomanes, ce qui montre combien la dépendance à l’autre est forte, et combien le besoin impérieux de l’autre doit être assouvi. La relation est inarrêtable. Ces éléments renvoient à l’extrême souffrance qu’elles subissent de la part de l’autre, et le besoin de l’objet extérieur (le mari), lui seul pouvant leur donner le « shoot » lorsqu’elles le voient et le manque absolu lorsqu’il s’en va.

Le rappel de la dépendance vient signaler le type de relation qu’elles mettent en place : elles feraient parties des personnalités que l’on appelle dépendantes.

Chez ce type de personnalité, l’autre est investit comme un objet de besoin. Son rôle est de combler le manque insupportable qu’elles peuvent ressentir. C’est d’ailleurs pour cela que les personnes souffrant d’addictions ont souvent ce type de personnalité, sauf qu’eux, pour s’extraire de ce manque insupportable de l’autre, s’imagine que le toxique va les en extraire (mieux vaut la substance que vivre en manque de l’autre!), et c’est alors le toxique qui devient l’objet censé les combler.

Cela questionne enfin ce qui se joue inconsciemment chez elles et qui les poussent, contre leur gré, à se laisser « maltraiter » par l’autre, à se mettre dans une position où elles subissent, où elles ne s’autorisent pas à réclamer une vraie place, à affirmer leurs propres désirs, et finalement à se mettre dans des relations où la seule place qu’elles obtiennent est celle qui les fait tant souffrir : n’être qu’un objet sexuel.

France Bernard

(1) – Marie-Carmen Garcia, « Le genre de la souffrance amoureuse. Souffrances et résistances de femmes « maîtresses » d’hommes mariés », Pensée plurielle 2015/1 (n°38), p. 123-141.

    

Le démon de midi sera masculin

Le démon de midi sera masculin

« Cette tentation, c’est celle qui assiège l’homme, au midi, non pas d’un jour, mais de ses jours, dans la plénitude de sa force. Voici que l’esprit de destruction s’empare de lui, entendez bien, de sa propre destruction. »

Paul Bourget, Le Démon de midi

Dans le langage populaire, il s’agit d’un homme d’âge mûr qui s’éprend d’une jeunette au point d’en perdre la tête, d’en être déboussolé et de déboussoler le monde autour de lui. Abandonnant femme et enfants, ce déchirement dans son existence est vécu dans un climat allant de l’euphorie au catastrophique.

Le démon de midi (1) est une référence à un moment de la journée où le soleil est au zénith, venant ainsi signifier un moment où l’homme aborde « ce moment délicat qu’est le sommet de ce que l’on appelle justement âge d’homme ». Les démons diurnes viennent surprendre des hommes debout, d’autant plus exposés qu’ils se sentent et apparaissent en possession de tous leurs moyens. 

La rupture 

Il faut bien souligner la profonde rupture qui s’opère en lui : « Distrait désormais de ce qui l’absorbait, notre homme se montre hypervigilant à cet objet unique qui le satellise ». Il se désintéresse de son travail, des occupations qu’il avait et bien sûr, se détourne de sa famille.

De l’extérieur, il peut donner l’illusion de revivre son adolescence. Il n’est pas rare que ces hommes adoptent des habitudes de la jeune génération ou se mettent à s’habiller de la même façon. Lui peut même avoir l’impression de la vivre pour la première fois, presque une renaissance. Mais pas seulement vis à vis de lui-même ! Également dans le regard de l’autre, de cette jeune femme qui le découvre seulement aujourd’hui. Elle ne préjuge rien de lui ou de ce qu’il a pu faire avant. Il peut, dès lors, se réinventer à sa guise. Se vivant libre de tout, il n’a en fait jamais été aussi dépendant : elle occupe tout son espace psychique. Il ne se réduit qu’à être l’objet de son désir.

C’est pourquoi l’épouse est si durement mise à distance et rejetée : elle en sait trop ! Elle est également celle qui lui rappelle son âge, son rôle : de mari, de père, d’homme qui travaille ; rôles qu’il ne veut plus incarner, totalement accaparé par ce nouvel amour juvénile.

Le désir se confronte au temps… et à la mort

Bien souvent, cet homme a été confronté à un incident qui lui fait prendre conscience que la vie a une fin, qu’elle peut se terminer (maladie, accident, décès)… et c’est la cassure !

La prise de conscience de la finitude de l’existence a l’effet d’un trauma psychique, tout se désintrique. L’enjeu fondamental du démon de midi est bien le rapport du désir au temps et à la mort.

A ce moment précis, c’est comme si la loi et les interdits ne tenaient plus et qu’il était libre de les transgresser. C’est en quelque sorte un meurtre symbolique du père, représentant de la loi et de l’interdit de l’inceste. Le démon de midi fait croire à l’homme mûr qu’il est toujours jeune, qu’il échappera au vieillissement en se liant à une femme jeune et en rejetant son épouse qui ne peut que lui rappeler son âge.

La femme idéale de leur rêve est le plus souvent leur mère, magiquement réincarnée en une personne jeune, ou encore leur fille préférée qui vient de quitter la maison familiale. Le démon de midi est en fait le démon de l’inceste. D’ailleurs, aux yeux des autres, c’est bien comme ça qu’un tel couple est regardé, car ce couple représente la réalisation de leur propre fantasme incestueux vis à vis de leur parents. Et bien souvent, aux yeux des autres, ils dérangent…

Cas clinique (2)

Suzanne s’est marié à l’âge de 22 ans avec un artisan de son âge qui a été son premier et unique amour. Ils ont vécu plus de trente ans dans une maison qu’ils ont fait construire. Ils auront deux enfants, tous les deux partis de la maison. Le départ du petit dernier a été difficile à vivre pour Suzanne. 

N’ayant jamais eu d’activité professionnelle, Suzanne a consacré sa vie à ses enfants, son ménage et son jardin. Elle se serait toujours bien entendu avec son mari. Leur vie amoureuse a toujours été satisfaisante, leurs relations sexuelles régulières et fréquentes. Jamais elle n’avait imaginé que son mari puisse un jour s’éloigner d’elle et lui être infidèle. Seulement un jour, elle constate un brusque changement dans son comportement : il rentre tard du travail, ne lui parle plus, n’a plus de désir sexuel ni de gestes affectueux. 

Émilie est une femme d’un autre type que Suzanne, elle gagne sa vie et ne dépend de personne. Entre elle et le mari de Suzanne ce fut le coup de foudre. Le mari se laisse séduire passivement, il est certainement flatté de plaire à une jeune femme séduisante qui lui dit et qui lui prouve qu’elle l’aime en voulant prendre aussitôt la place de Suzanne. Il est immédiatement pris de passion pour elle, plus rien d’autre ne compte. Il devient sourd et aveugle à tous les appels de détresse de Suzanne. Émilie exerce sur lui un pouvoir quasi hypnotique, elle parvient à lui faire lâcher tous ses repères habituels et à le déstabiliser totalement. Il renie sa vie antérieure et devient agressif dès que Suzanne cherche à le ramener à la réalité. Il se comporte avec elle comme si elle n’existait plus pour lui, comme si elle était devenue une étrangère ou même une ennemie.

Le démon de midi qu’a été Émilie pour le mari de Suzanne, a eu, sur lui, l’effet d’un coup de foudre, cette femme a complètement bouleversé sa vie en le séduisant. Cet homme sans histoire est brusquement tombé sous sa coupe, comme s’il avait hypnotisé par elle. Du jour au lendemain, il est devenu amnésique, muet, sourd et aveugle face à son épouse, prêt à sacrifier et à renier toute son existence antérieure, par amour pour cette femme. Elle est devenue pour lui objet de désir et d’amour parce qu’il a projeté sur elle l’image de la femme idéale de ses fantasmes que Suzanne n’incarnait plus depuis longtemps. Et ensemble, ils se donnent l’illusion de pouvoir vivre hors du temps et de l’espace, sans tenir compte des réactions de leur entourage. 

France Bernard

1- Paul-Laurent Assoun, Le démon de midi, Éditions de l’Olivier, 2008

2- Robert Viry, Psychopathologie de la vie amoureuseEtudes de cas, Presses Universitaires de Nancy, 1998, pp. 117-123

infidélité masculine, entre la mère et la putain

Infidélité masculine, entre la mère et la putain

Chez certains hommes, l’accès à la paternité s’accompagnent d’une extinction du désir sexuel pour leur femme, ou bien, les relations sexuelles s’accompagnent désormais de troubles de l’érection (éjaculation précoce, impuissance). Mais qu’est ce qui rend le désir impossible, barré, avec l’arrivée des enfants ?

Le courant tendre et le courant sensuel

Au niveau psychique, l’amour est désigné par le courant tendre correspondant au choix d’objet infantile, et le désir, par le courant sensuel émergeant au moment de l’adolescence, et poussant à rechercher un objet qui représente un substitut de la mère, premier objet d’amour. 

Chez les hommes, le clivage entre ces deux courants est beaucoup plus aisé (il leur est facile de désirer une femme sans avoir de sentiments pour elle), mais c’est de ce clivage que peuvent apparaître des difficultés… Une fixation incestueuse non résolue à la mère peut prendre la forme d’un conflit entre ces deux courants : comment désirer et aimer une femme qui devient mère, si ma mère était aussi une femme que j’aimais ?

Une des issues possibles apparaît dans le rabaissement de l’objet sexuel : l’image de la putain permet de préserver l’image de la mère. Nous pourrions donner l’exemple de l’homme amoureux d’une prostituée, celle-ci ne ressemblant en rien à la mère, l’homme peut la désirer. 

« Résoudre » son complexe d’œdipe, c’est avoir créée une représentation globale de la femme en rassemblant à la fois l’image de la putain avec celle de la mère (1).

Devenir père

Lorsqu’ils deviennent père, certains n’éprouvent plus de désir pour leur femme. L’image de la femme se confondant avec celle de leur propre mère, la femme interdite, l’épouse devient frappée d’interdit à son tour. C’est là que peut apparaître une autre femme, la maîtresse. Elle devient la putain (l’objet sexuel rabaissé), entièrement et seulement réservée au sexuel, pour qui l’homme pourra avoir du désir.

Il y aura, dès lors, l’épouse respectable, idéalisée, et de l’autre, les femmes objets de désir. La vie amoureuse de l’homme se trouve alors clivée, l’image de la putain permettant de préserver l’image de la mère.

Les maîtresses peuvent donc attendre longtemps de pouvoir prendre la place de l’épouse, puisque si la situation est précisément structurée sur ce mode, c’est pour dissocier les deux figures et pas seulement varier les plaisirs !

Le cas de l’amant

Ce clivage est aussi à l’œuvre chez des hommes ne pouvant désirer que des femmes déjà en couple : c’est la situation du trio adultère ! L’homme prend une femme mariée pour objet sexuel, satisfaisant ainsi son « amour de la putain » puisque cette femme n’est pas chaste, et en même temps, son amour incestueux puisque cette femme appartient à un autre homme, comme la mère appartenait au père. Cette situation a en outre l’avantage de léser le mari, le rival, substitut du père.

Jacqueline et Philippe (2)

Philippe et Jacqueline sont mariés depuis presque dix ans. Pendant longtemps, le sexe disent ils à été formidable, jusqu’au moment où il lui a demandé sa main. Très vite, elle a cessé de l’exciter, et huit années d’infidélité ont suivi. Elle en a découvert certaines et il lui en a révélé quelques unes. Philippe ressentait chaque fois de la honte, suivie de remords et de repentir et se jurait de changer, mais il finissait de nouveau par s’agiter. 

Le père de Philippe a une série d’aventures qu’il n’a jamais caché, tout comme le grand-père de Philippe. Sa mère en a beaucoup souffert. Philippe a essayé de se distinguer le plus possible de son père en étant un « enfant prodige asexué », bien qu’il se sentait déchaîné à l’intérieur. Le goût pour une moralité rigide a finalement servi à nourrir son obsession de briser les règles. 

Identifié aux désirs du père, il ressent une profonde excitation pour les femmes et tente de protéger sa compagne comme il protégeait sa mère. Seulement dès qu’elle devient officiellement sa femme, elle se confond avec l’image de sa propre mère : le désir s’éteint et il se met à jouer un scénario familial qui n’est pas le sien. 

France Bernard

1- S. Freud, Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse, In La vie sexuelle, PUF, 13ème édition, 1912

2- E. Perel, L‘intelligence érotique. Faire (re)vivre le désir dans le couple, Editions Robert Laffont, Paris, 2007