La Sainte Folie du couple

La sainte folie du couple : Apprendre à vivre ensemble

                                                                de Paule Salomon

Du couple, nous connaissons souvent une histoire d’amour passionnelle ; une histoire de famille, de parents et d’enfants ; une histoire de conflit où deux êtres s’affrontent sans se comprendre.

Paule Salomon analyse en 7 étapes la relation homme-femme et son évolution, qui mène du « couple archaïque » au « couple éveillé », vivant l’amour en pleine conscience.

A l’aide de cas concrets, et forte de son expérience de thérapeute, elle montre les écueils, les frustrations, les rapports de force qui peuvent être dépassés par une analyse de soi, une écoute attentive de ses désirs et de ses paradoxes.

Les mécanismes de la jalousie

Nos rencontres nous apportent du plaisir, c’est bien pour cela que nous cherchons le contact avec les autres. Rendre service, discuter avec un ami d’un sujet qui nous passionne ou encore aimer plaire aux autres et capter leurs regards sont autant de buts que nous cherchons à satisfaire dans nos relations.

Lorsque le jaloux s’insurge des échanges que sa partenaire a avec les autres, c’est qu’en effet il perçoit qu’elle prend du plaisir avec d’autres que lui ! Seulement, il se trompe alors de scène…

Le sexuel en société

Dans toutes relations (amicales, professionnelles), il y a du sexuel. Les relations en sont infiltrées. Lorsque nous parlons de « sexuel », c’est pour désigner la source de la pulsion qui recherche la satisfaction, satisfaction qui ne se résume pas à la relation sexuelle, mais se décline de nombreuses manières : être vu, être écouté, briller etc.

Le jaloux n’a donc pas tout à fait tort, c’est à dire qu’il perçoit les coulisses, l’envers sexuel de la réalité sociale. Tout comme il n’a pas complètement tort lorsqu’il reproche à l’autre de désirer ailleurs. Seulement alors, il ne fonctionne plus sur un plan de la réalité extérieure mais sur le plan fantasmatique et inconscient. 

La tyrannie du jaloux

La jalousie peut s’exprimer par une simple remarque du partenaire sur une sortie avec des amis et aller jusqu’à la dispute et la crise de jalousie. Certains couples sont coutumiers de ce type d’échanges. 

Le jaloux qui aime et désir sa partenaire exige en retour, pour cet amour, d’être lui-même désiré et aimé. Seulement cette exigence est tellement forte qu’il en vient à ne plus reconnaître ce même droit à l’autre et finit par se comporter comme un tyran.

Dans certains cas, il peut lui même pousser l’autre à l’adultère : emprisonné(e) par la jalousie de l’autre, l’adultère peut être une solution « trouvé(e) » pour s’extraire de ce schéma, passage à l’acte qui symbolise une affirmation de soi.  

Fiction et illusion dans la réalité

La fascination exercée par la jalousie et sa présence récurrente dans les œuvres sont à la mesure du désir de réaménagement de la réalité qui nous fait tant aimer les histoires.  Et le jaloux en est un inventeur génial, en même temps qu’un consommateur effréné : s’enfermant dans un cercle vicieux, il en créer et s’en nourrit sans fin. Il se met à imaginer la réalité elle-même. 

La jalousie est avant tout une fiction que le sujet entretient et nourrit, fiction qui devient alors objet de souffrance et de torture.

L’exemple d’Othello(1) est assez parlant puisque Iago va lui proposer une interprétation des faits complètement erronés concernant son épouse : il va revisiter chaque geste, parole ou sourire pour en proposer une version différente. Othello va peu à peu y adhérer, et chaque élément de la réalité sera interprété sous l’œil de la méfiance et du soupçon.

Souffrance et jouissance 

La liaison entre souffrance et jouissance est bien mise en lumière dans l’article d’Alain Valtier (2). Le patient imagine sans cesse sa nouvelle compagne avec son ancien amant avec qui pourtant elle n’est plus en contact : « je n’ai jamais douté une seconde de son amour, mais je suis horrifié des rejets qui me viennent quand j’imagine leurs jeux érotiques. Je me fais des scénarios fabuleux, c’est infernal, je baigne dans le fiel, c’est plus fort que moi. Leurs ébats me sont autant insupportables qu’inoubliables. »

L’emploi du terme « scénarios fabuleux » montre bien la dimension de plaisir pris dans la souffrance. Le jaloux s’imagine souvent qu’un autre homme serait un meilleur amant qu’il ne l’est lui-même. Toutes ces pensées sont à la fois source d’une très grande souffrance, tout comme une source d’excitation physique lorsque le sujet y pense sans relâche et s’en trouve complètement prisonnier. Othello tuera Desdémone pas seulement pour la punir de son infidélité imaginaire, mais aussi pour se libérer du système dans lequel il est enfermé. 

France Bernard

1- W. Shakespeare, Othello, ed. Librio, 2003

2 – Alain Valtier, Jaloux! Moi, Jamais, In Patrick de Neuter et al., Clinique du couple, 2007, pp 149-166


La jalousie, préambule

La jalousie est un sentiment humain vécu par tous mais qui n’a pas toujours bonne presse. Elle est à la fois susceptible de montrer à l’autre qu’on tient à lui, ou au contraire mener à des actes et des conduites extrêmes. On la retrouve dans un versant tragique sous la plume de Shakespeare où Othello va jusqu’au meurtre de sa femme ; ou plus quotidiennement au sein des couples au sujet de sorties nocturnes, de fréquentations etc.

Définitions

Dans une première définition, c’est un « sentiment hostile qu’on éprouve en voyant un autre jouir d’un avantage qu’on ne possède pas ou qu’on désirerait posséder seul » ; 

Une deuxième met l’accent sur l’idée de la perte et de la souffrance : « sentiment douloureux que font naître les exigences d’un amour inquiet, le désir de possession exclusive de la personne aimée, de la crainte de son infidélité. » 

Dans les deux cas, nous retrouvons l’idée de possession et de désir.

Bien qu’on pense plus souvent à la jalousie dans le couple, elle touche toutes nos relations sociales : de nos relations fraternelles, amicales, professionnelles à nos relations de voisinage.

Paul Laurent Assoun (1) dégage 4 traits chez l’amoureux(se) : le deuil, la perte (narcissique), l’agressivité et la culpabilité. 

Il y a effectivement l’idée d’une réaction à une perte, qu’elle soit réelle ou imaginaire. Le jaloux vit cette situation comme menaçante, prête à se produire, tout en créant et entretenant cette menace.  

La perte narcissique implique la revendication de son statut de victime, victime de sa partenaire tout comme de celui qui les sépare. 

L’agressivité est plus évidente, c’est à dire que le jaloux en veut à l’autre supposé détenteur de son objet et ayant infligé la blessure. 

La culpabilité, elle, est souvent inconsciente, et se développe à l’ombre de la culpabilisation consciente de l’autre. Il se tient pour en partie responsable, n’ayant pas tout tenté pour que la situation ne se produise. Il y a donc un fond d’auto-reproches. 

La jalousie « normale » 

Tout un chacun ressent de la jalousie à l’égard d’un autre : pour une voisine qu’on estimera plus jolie, ou pour un collègue de bureau de sa femme… Elle est tellement normale, que son absence dans certaines circonstances, parait à ceux qui en sont témoin comme étrange ou bizarre. Beaucoup se vantent dès lors d’être jaloux, comme si c’était une preuve d’amour (l’absence de jalousie serait vécue comme une indifférence pour l’autre). 

La jalousie vient du sujet lui-même, c’est une création de l’imaginaire : on s’imagine que l’autre possède plus que nous ou veut posséder quelque chose que nous avons. Et c’est portée par leur imaginaire que certains vont flamber sur ce terrain, s’imaginant alors que quelqu’un pourrait leur dérober ce qu’ils chérissent, quitte à pour cela, empoisonner la vie de la personne avec qui ils partagent leur vie pour se rassurer.

Son intensité peut être régulée par la réaction du partenaire : tantôt elle pourra apaiser la souffrance du jaloux, ou au contraire aggraver la flambée. Bien entendu, il ne faut pas oublier qu’elle est déjà là, en chacun de nous. La jalousie est un sentiment que nous éprouvons très jeune, et le vécu actuel tire sa source des expériences antérieures. La réaction du partenaire actuel ne fera que l’augmenter ou la diminuer.

France Bernard

1- Paul-Laurent Assoun, Leçons psychanalytiques sur La Jalousie, 2eme ed., Economica/Anthropos (voir Bibliographie)


La psychanalyse va-t-elle disparaître? d’Elsa Godart

La psychanalyse va t-elle disparaître ?

D’Elsa Godart

Le discours dominant prétend que la psychanalyse est périmée. En réalité, elle doit s’adapter. Le monde d’aujourd’hui n’est plus celui de Freud ni de Lacan. Une société nouvelle entraîne de nouveaux comportements et de nouveaux malaises.
« Dépoussiérer » la psychanalyse, la confronter au contemporain implique de réfléchir à ces symptômes, à la frontière entre le pathologique et le social, en repensant le cadre de la cure, à l’heure des consultations via Skype.
Comment la psychanalyse peut-elle trouver sa place dans un monde dominé par la culture du résultat, de l’efficacité et de la réussite ? Dans un monde où le temps n’a plus de valeur et où l’évaluation chiffrée est permanente ?
En se métamorphosant et en se réinventant nous répond Elsa Godart dans cet essai brillant qui ouvre de passionnantes perspectives.

Hypersensibles : trop sensibles pour être heureux?

                                                           De Salvério Tomasella

Vous a-t-on déjà dit que vous étiez à vif ou «à cran», «caractériel», «prise de tête», douillet ? S’est-on déjà moqué de vos fréquents accès de larmes, de votre impulsivité ou, au contraire, vous a-t-on reproché vos silences et votre difficulté à communiquer vos sentiments ? Oui ? Il se peut que vous soyez «hypersensible»… Les grands sensibles sont complexes, parfois paradoxaux : émotifs, vulnérables mais aussi empathiques, intuitifs, artistes… Leurs anciennes blessures semblent vives encore et s’ajoutent aux nouvelles, compliquant considérablement leur quotidien. Trop sensible, peut-on être heureux ? Il ne s’agit pas de gérer ses émotions mais plutôt d’apprendre à les vivre, de découvrir les richesses qu’elles peuvent apporter, de considérer son extrême sensibilité comme un trésor à partager. À bien y regarder, sensibilité rime avec humanité : en cela elle peut être source de joie, de créativité, et même, de bonheur !

L’infidélité au service du couple?

Notre propos n’est évidemment pas de prôner l’infidélité comme réussite du couple, ce qui serait complètement absurde ! En effet, il existe des couples qui durent grâce à l’infidélité de l’un des conjoints…

Le discours infidèle

Dans l’article Le genre de la souffrance amoureuse (1), Marie-Carmen Garcia analyse les propos des auteurs de blogs infidèles. Elle met en évidence que derrière l’amoralisme concernant les normes conjugales et sexuelles, une très forte morale perdure concernant les normes familiales.

Les différences qui existent entre les auteurs de blogs porte sur le rapport qu’ils entretiennent avec leur conjoint, ou plutôt l’image qu’ils en donnent à lire.

Dans le premier type de blog, les auteurs mettent en avant une « image conventionnelle du bonheur conjugal valorisant les années passées ensemble, la construction d’une famille, l’élaboration de projets communs, le soutien mutuel, la réussite sociale du couple et une sexualité considérée comme épanouie. »

Dans le second, « le conjoint ou la conjointe sont valorisées physiquement et sexuellement au même titre que les amants et maîtresses (…) Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ces personnes dépeignent une conjointe ou un conjoint parfait. L’explication qu’ils donnent de leur double vie (…) repose sur le fait qu’ils se pensent naturellement infidèles. »

Dans le troisième cas, « d’autres blogueurs et bloggeuses présentent quant à eux, une image en demi-teinte de leur mari ou de leur épouse. Les conjoints sont montrés comme de « bonnes épouses », de « bonnes mères » ou bien comme de « bon pères » et de « bon maris » mais ils ne seraient pas à la hauteur des attentes de leurs conjoints (sexuelles, affectives ou mêmes intellectuelles). »

Le sexe avant tout ? (2;3)

Ce serait une grave erreur de croire que seule la recherche de la satisfaction sexuelle motiverait l’infidélité ! Au contraire, le sexe servirait plutôt à masquer ce qui se joue chez le sujet et dans la relation à son conjoint pour le conduire à l’infidélité…

Daniel, gérant d’entreprise, profitait de chaque vacances d’été de sa famille pour accumuler les conquêtes passagères : « ce sont mes vacances à moi, mes véritables vacances (…) Après quoi je ne les revois plus jamais bien entendu. Mais je suis tranquille le reste de l’année. Je peux dire que j’ai acquis le rythme de croisière qui m’équilibre et équilibre ma famille. »

Amélie, « pourvue d’enfants et d’un mari qu’elle dit aimer et apprécier, n’a tout de même pas réussi à le séparer suffisamment à son goût d’une mère, veuve, dont il est le fils unique et qui, omniprésente, parasite la vie du couple en particulier pendant les week-ends à la campagne. Elle s’est alors mise à inviter des couples d’amis en week-end et s’est arrangé pour faire comprendre à l’invité ce qu’elle attendait de lui (…) C’est à ce prix que je préserve mon équilibre et que je peux vivre mon quotidien comme le souhaitent mon entourage et mon mari en particulier. Si vous saviez comme je peux être aimable avec ma belle-mère. » Elle-même s’étonne de n’éprouver ce besoin qu’à la campagne.

Richard et Claudine sont très liés sentimentalement. Mariés depuis 10 ans, ils sont parents de deux enfants lorsque Claudine apprend les infidélités de Richard. Or, il semblerait qu’il aurait toujours eu des aventures « uniquement sexuelles », en lien avec une absence de désir très ancrée chez elle. Cette impossibilité pour eux de se lier sexuellement conduit Richard à des conduites infidèles.

En reprenant leur histoire, le symptôme du sexuel a toujours été présent. Claudine, femme très pratiquante, n’envisageait pas d’avoir de rapports avec lui avant qu’ils ne soient mariés. Ces aléas vont durer 4 ans. Fragile dans son identité, elle tente de s’équilibrer par la maîtrise et le contrôle de son désir et de sa sexualité : il lui est impossible de s’abandonner à l’autre, de se laisser pénétrer par l’autre et de se laisser aller à ressentir une très grande excitation.

Seulement, l’incapacité pour elle de côtoyer le plaisir via le désir, a ravivé les doutes et les angoisses de Richard quant à sa masculinité, ce qui le conduit à se rassurer hors de son couple par ses défenses habituelles de séduction et de « relations multiples légères ».

Ce n’est pas un hasard si la problématique de ce couple tourne autour du sexuel : ces deux partenaires ne semblent pouvoir se rencontrer, sauf dans une visée procréatrice. Ce qui ressort de l’analyse de leur couple, C’est qu’ils ont une relation conjugale de type fraternel, marquée par des aspects fusionnels : « on nous fait remarquer souvent que Richard et moi, nous nous ressemblons comme frère et sœur. »

L’infidélité de Richard a permis à Claudine de se débarrasser de la sexualité pendant 10 ans mais celle-ci lui revient par la découverte des autres femmes. Que dire à ce couple qui s’aime? Quelle solution peuvent-ils trouver pour rester ensemble malgré tout, puisqu’ils s’aiment et se complètent si bien dans d’autres domaines?

Alice et Jean  forment un couple depuis plusieurs années. Un beau jour, Alice demande à Jean la permission de prendre un amant. Si au départ la situation est maîtrisée, peu à peu les choses se délitent et Jean finira par demander à Alice de mettre un terme à cette relation. Mais pourquoi un amant ? Alice, tout au long de leur union, n’a eu de cesse de faire passer les intérêts du couple avant les siens, se sacrifiant en quelques sortes pour la famille. De son côté, Richard a toujours eu peur de perdre Alice, et se rassure en développant une relation d’emprise avec elle. Les sacrifices d’Alice n’ont fait que renforcer l’emprise de Richard (ne pas travailler pour s’occuper des enfants etc.). Ici, l’infidélité a été le symptôme pour permettre à Alice d’exprimer à Jean l’emprise qu’il exerçait sur elle, tout comme un moyen pour tenter de s’en échapper. Alice prend un amant pour s’en servir comme instrument de différenciation et de séparation.

Si l’infidélité est un moyen pour elle de tenter de réaménager le mode de fonctionnement de leur couple, les répercussions du choix du symptôme leur permettra t-il d’en faire autre chose ? Richard pourra t-il supporter de ne pas fonctionner en emprise avec elle ?

Le comportement adultère vient prendre un sens psychique au sein de la relation, ce dont les individus qui le jouent n’ont parfois absolument pas conscience. Ils s’en saisissent pour mettre à distance l’autre, ou leur couple, se venger du partenaire ou encore trouver des gratifications à l’extérieur, ce qu’un couple qui dure et confronté au quotidien ne peut parfois plus offrir…

Bien entendu, d’autres enjeux sont également à l’œuvre pour que certains choisissent cette voie bien singulière, quand d’autres trouvent d’autres formes d’équilibre (ou de symptômes) à travers une pratique sportive, les sorties, la littérature, les voyages etc.

France Bernard

1- Marie-Carmen Garcia, « Le genre de la souffrance amoureuse. Souffrances et résistances de femmes « maîtresses » d’hommes mariés », Pensées plurielle, 2015/1 (n°38), p.123-141.

2- Aldo Naouri, Adultères, Odile Jacob, septembre 2006, pp.187-222

3- Eric Smadja, Le couple et son histoire, PUF, 2011

L’incapacité d’être seul : Essai sur l’amour, la solitude et les addictions

L’incapacité d’être seul :

Essai sur l’amour, la solitude et les addictions

                                                        de Catherine Audibert

Certaines personnes ressentent une véritable angoisse à l’idée d’être seules. Pour y remédier, elles déploient inconsciemment des stratégies addictives: alcool, drogues, mais aussi sport, amour, sexe… Dans cet essai étonnant qui bouscule nos certitudes et éclaire, avec l’addiction et la solitude, deux des principaux maux dont souffre notre société, Catherine Audibert révèle aussi pourquoi une « bonne » solitude, une solitude sereine, est absolument nécessaire à notre équilibre psychique.

Le petit Larousse de l’entente sexuelle

Le Petit Larousse de l’entente sexuelle

Pour une sexualité de couple épanouie

Comment se libérer de ses inhibitions et avoir plus confiance en soi ? Comment nouer une relation plus à l’écoute du désir de l’autre ? Comment mieux s’aimer ? Quelles sont les positions qui procurent le plus de plaisir ?…

Ce guide, illustré par de nombreuses photographies et riche en témoignages, deviendra votre livre de chevet et vous aidera à avoir une vie sexuelle plus épanouie.

« C’est le sexe qui fait la différence entre des amants et de simples amis. Une relation de couple signifie bien plus qu’une simple connivence (…) cela dit, partager une sexualité de couple réjouissante est un objectif plus ambitieux qu’il n’y paraît. Vous trouverez peut-être que les préliminaires sont trop courts, ou que votre partenaire manque d’audace.

Avec une vie professionnelle bien remplie et des enfants, comment préserver une intimité sensuelle et voluptueuse avec votre partenaire, qui vous enthousiasme, vous passionne et vous épanouisse ?

En tant que sexologue et thérapeute de couple, cela fait 20 ans que j’aide les hommes et les femmes qui viennent me voir à trouver des réponses à leurs attentes, des solutions à leurs difficultés. Quels que soient leur âge, leur histoire familiale, leur situation de famille et leur profession, je leur donne des conseils pratiques. Certains de mes patients ont été victimes d’abus sexuels, d’autres ont vécu une relation extraconjugale, d’autres encore cherchent à comprendre leur orientation sexuelle et leur libido, sans compter ceux qui ignorent tout de l’anatomie et du fonctionnement de leurs organes génitaux. Mais tous ont besoin d’amour et de tendresse (…). »

Laura Berman

Corps… Vous jouirez!

Corps… Vous jouirez!

Beaucoup de problèmes et d’inhibitions sexuels peuvent être dus à une méconnaissance du corps, des mécanismes biologiques ou encore par manque de dialogue avec son ou sa partenaire. L’apport de la sexologie dans ce domaine a été considérable et a pu aider de nombreux patients et couples. Se construire en tant que couple, c’est aussi construire une vie sexuelle.

Pour autant, est-il possible de jouir sans entraves, tout le temps et avec tout le monde comme l’idée peut se répandre dans le monde social ?  Si on a pu penser que la libération sexuelle aurait pour conséquence une facilitation des comportements sexuels, éjaculation précoce, impuissance et frigidité sont toujours de la partie ! Finalement, la sexualité des femmes n’est pas moins conflictuelle que par le passé, et celle des hommes n’ont plus !

L’apport de la sexologie

La sexologie prend son essor dans la moitié du 20ème siècle, suite à la libération sexuelle de mai 68. Une de ses expériences fondatrices (W. H. Masters et V. E. Johnson (2)) a exploré la physiologie de la relation sexuelle. Elle fut réalisée pendant l’acte sexuel ou les séances de masturbation des participants. Toutes les recherches réalisées depuis ont apporté une meilleure connaissance de l’anatomie et de la physiologie des organes sexuels, et bien sûre des thérapeutiques adéquates pour de nombreux patients.

Mais une fois toutes causes organiques écartées, comment expliquer la persistance de certains troubles sexuels ?

La sexualité est d’abord individuelle et chaque personne y réagit différemment. En témoigne la variabilité des conclusions des études sur l’orgasme vaginal ! Tout simplement car il n’y a pas le corps d’un côté et les fantasmes de l’autre. La sexualité humaine est une psychosexualité. L’ouverture à la dimension inconsciente de la sexualité permet de comprendre comment des femmes ayant une anse colique à la place du vagin peuvent avoir des orgasmes ou encore ceux obtenus par des femmes africaines excisées.

Une sexualité inconsciente qui se construit depuis l’enfance

Le sexuel se vit et se construit dès la naissance, dans la relation avec les parents. Ils bercent, caressent, et prennent soin de leur bébé. Les différentes parties du corps de l’enfant deviennent des sources de plaisir, notamment lorsqu’elles sont sollicitées par l’adulte lors des soins ou de l’allaitement comme la bouche, l’anus et la zone uro-génitale. Cette excitation est diffuse au départ, c’est à dire qu’elle n’est pas reliée à une pensée précise chez le bébé. La recherche d’un gain de plaisir à partir de toutes les zones du corps (exemple du suçotement) a comme conséquence qu’il n’y a pas chez l’être humain une correspondance entre la pénétration et le sexuel. Ce dernier prend sa source à de nombreux endroits du corps (oreilles, nuques, bouche etc.). La notion de zone érogène ne définit pas simplement un lieu dans le corps, mais l’inscription du fantasme dans la chair.

Au cours de l’enfance se constituent des fantasmes et des désirs investit de libido (de sexuel) pour les personnes prenant soin de lui. Nous retrouvons le fameux complexe d’œdipe ! Puis, vient la période dite de latence avec le refoulement des fantasmes et de la sexualité infantile. C’est tout ce matériel inconscient qui imprime sa marque sur la spécificité individuelle de la vie sexuelle de chacun d’entre nous, mais c’est aussi elle qui peut devenir source de conflits à l’intérieur du sujet et entraîner des dysfonctionnement sexuels. L’inconscient contribue aussi bien à notre jouissance qu’à nous en empêcher en cas de conflit psychique (frigidité ou impuissance).

L’exemple de la domination masculine peut également éclairer notre propos : si la domination masculine se retire peu à peu de la réalité sociale et politique, les fantasmes sexuels, eux, restent bien présents : « pour simplement l’imager, on peut être un homme fervent défenseur et militant des droits de la femme et ne parvenir à éjaculer que si la femme est en levrette. L’inconscient fait de la résistance, il est politiquement incorrect. » (3)

Voilà notamment pourquoi la libération sexuelle ne traduit pas pour autant une levée du refoulement et des conflits psychiques ! La sexualité humaine est une psychosexualité, le noyau est inconscient et elle s’enracine dans la sexualité infantile.

L’histoire d’Hercule (4)

Nous choisissons d’évoquer l’histoire de ce patient devenu fétichiste du caoutchouc. Cela peut sembler un peu particulier comme illustration mais l’histoire d’Hercule montre bien comment il a construit ses fantasmes enfant, dans la relation à sa mère prenant soin de lui, et comment, une fois à l’âge adulte, cette sexualité infantile demande à s’exprimer pour qu’il puisse accéder au plaisir.

Hercule est un homme de 35 ans qui vient consulter car depuis quelques mois, sa compagne ne supporte plus qu’il ait besoin qu’elle porte un tablier en caoutchouc pour la désirer… Il peut lui faire l’amour sans mais il n’en éprouve alors que peu de plaisir. Mais comment a pu se constituer une telle fixation ?

Lorsqu’ Hercule raconte son enfance, il évoque l’investissement assez obsessionnel des tâches ménagères chez sa mère. Elle ne faisait rien dans la maison, y compris prendre soin de lui, sans porter un de ses nombreux tabliers en caoutchouc. Pour Hercule, « le caoutchouc devient alors, de manière assez étrange, le principal représentant de la féminité maternelle. Les tabliers de caoutchouc prennent place dans la catégorie des « jolis vêtements ». Ils évoquent la coquetterie maternelle et résument ainsi les représentations que l’enfant se donne de la féminité. » Devenu adulte, il éprouve le besoin que sa femme en porte, de sentir le caoutchouc pour que l’excitation sexuelle soit au rendez-vous…

France Bernard

1-Dr Laura Berman,Le petit Larousse de l’entente sexuelle, pour une sexualité de couple épanouie, Editions Larousse 2011 (traduction française)

2-Aldo Naouri, Adultères, Odile Jacob, 2006

3- Jacques André, La sexualité masculine, Que sais-je ?, PUF 2013

4- Didier Dumas, « Un cas de fétichisme du caoutchouc ou l’impossibilité d’idéaliser le sexe paternel », In La sexualité masculine, Editions Albin Michel, 1990